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Référendum et démocratie !

by anonymous

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Référendum et démocratie !

Je sens les esprits, pourtant les mieux construits, hésiter sur la question de savoir si, au final, les Grecs ne seraient pas en train de délivrer une vraie et sage leçon de démocratie aux autres Peuples d’Europe.

Cette approche me semble dangereuse car elle s’affranchit trop facilement d’une connaissance minimale des Institutions bonnes ou mauvaises qui fondent l’Euro. Chacun sait qu’elles sont très imparfaites, mais elles étaient les seules possibles au moment de la décision de faire la monnaie unique. Et le cheminement vers l’appareillage fédéral qui est indispensable a tardé à être mis en place, par la faute de tous et des Français en premier.

Mais la question du référendum grec va encore bien au-delà. Car elle pose toute la question des négociations multilatérales dans le monde. Si les dirigeants politiques ne siègent dans les sommets qu’à titre personnel et sans aucun engagement pour leurs Peuples, il faut bien vite cesser de les réunir à grands frais car ils ne servent absolument à rien.

Il est vrai que dans les démocraties bien organisées, les dirigeants vont au Parlement avant de partir à la table des négociations pour connaitre les marges de discussions dont ils disposent. C’est ce que Madame Merkel a fait. Mais l’exercice n’est pas si simple, car cela oblige à dévoiler publiquement prématurément la ligne de négociation choisie par le Pays. Dans le cas de l’Allemagne qui n’avait rien à demander mais tout à refuser, l’exercice était facile. Pour tous les autres pays dont les Grecs, il pouvait ne pas être inutile de ne pas publier par avance les concessions qu’ils étaient prêts à faire.

Dès lors, les dirigeants, lors des sommets, sont réputés disposer de la confiance de leurs Peuples pour négocier au mieux leurs intérêts. Ils peuvent à postériori faire ratifier leurs accords, y compris par référendum, pour valoir juridiquement « décharge de mandat » ou « quitus », mais absolument pas invitation à repartir à la table des négociations quand celles-ci sont closes. Admettons qu’à 27, il est sage d’en rester à ces principes, sauf à ne plus avoir de gouvernance du tout.

Ceux qui pratiquent, ne serait-ce que l’intercommunalité, connaissent ces mécanismes par cœur. Il serait dommage que notre élite intellectuelle en ignore tout.

A ce stade, certaines données n’ont pas changé : en premier l’urgence ! J’espère que la Grèce ne recevra pas un euro d’aide ni un euro de garantie, tant qu’elle n’aura pas réglé ses problèmes propres de démocratie.

Deuxième donnée, la dette grecque accumulée l’a été démocratiquement, oui ou non ? Si non, il faut traduire immédiatement les responsables politiques grecs devant la CPI ! Si oui, la dette est due et probablement exigible. Il est un peu facile de prétendre que l’action des créanciers entraine une cure d’austérité excessive. Tout débiteur responsable qui emprunte et qui ne peut rembourser perd sa liberté au bénéfice du créancier. C’est le simple bon sens.

Je supplie donc les démocrates sincères de ne pas laisser instiller dans l’opinion que ce qui est infligé aux grecs serait injuste, excessif et immoral car c’est la conséquence pure et simple de leur incapacité à maitriser leurs finances publiques sur lesquelles ils disposaient pourtant d’une liberté totale.

Lorsque demain la France constatera la délicate soutenabilité de ses finances publiques, que recommanderons-nous ? Des grèves, une guerre civile, la recherche des responsabilités ? Peut-être mais le tout sera au prix des pires misères, des pires excès, de souffrances indescriptibles. Parce que nous n’aurons pas eu la maturité d’être des citoyens responsables en démocratie.

Alain Lambert

ancien ministre du budget.

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